Le Donner - Recevoir
1. Créer une ouverture, un sentiment d'espace
Lorsque nous vivons quelque chose de désagréable, d'inconfortable,
notamment sur le plan émotionnel, il faut inspirer. Inspirer signifie que nous
ne résistons pas à ce qui se présente à nous. Nous inspirons la
souffrance qui se présente à nous, donc nous lâchons prise. Et par
la même occasion, nous prenons conscience que ce que nous vivons, des millions
d'êtres humains le vivent également. Ce qui veut également dire que nous
prenons la responsabilité de ce qui se passe là, en nous. Au lieu de rejeter la
responsabilité de ce que nous vivons d'inconfortable sur autrui.
Pema Chödrön ajoute quelque chose d'extrêmement important. Elle dit que lorsque
nous inspirons une douleur, quelque chose d'intense il faut, juste
avant, créer un vaste sentiment d'espace, d'ouverture. Car même
au cœur de notre douleur, il existe cet espace vaste qu'elle appelle la bodhicitta.
Chaque fois que nous inspirons une souffrance ou quelque
chose que nous voulons à tout pris éviter, que nous entrons véritablement avec
ce qui nous fait souffrir, cela ouvre notre cœur au lieu de le
refermer. Ainsi, nous faisons tout le contraire de ce que notre moi fait
spontanément lorsque nous le laissons agir. Il faut donc - pour reprendre les
mots de Pema Chödrön - faire d'abord jaillir l'ouverture. Une
ouverture faite d'espace, et de silence.
2. Puis, nous nous visualisons en train d'inspirer du sombre,
du lourd, du chaud (le négatif)
et d'expirer du blanc, du léger et
du frais (le positif). Nous pouvons constater que les émotions
négatives - lorsque nous les vivons - nous semblent noires, lourdes et chaudes.
On imagine que tout cela vient de toutes les directions et entre par
les pores de la peau. Ça n'est pas la personne qui nous a ' mise en colère'
que nous inspirons mais juste la colère. Nous allons ainsi à l'inverse de la
stratégie du moi.
3. Et quand on expire, ce qui sort, c'est du blanc,
du léger et de la fraîcheur. On imagine donc que
l'on irradie du blanc, du léger et du frais. Pema Chödrön nous demande de
permettre à ces sentiments d'occuper beaucoup d'espace. On ventile, on lâche
prise, on aère avec cette expiration. C'est en fait entrer en amitié,
en bienveillance avec soi-même.
De la même façon, lorsque nous éprouvons un sentiment
très positif, une joie intense, un profond relâchement, nous pouvons entrer
en contact avec ce sentiment, cette sensation, et, à l'expiration, nous
l'envoyons vers les autres, vers l'extérieur afin d'irradier ce positif vers
autrui.
Ce court article est une présentation très succincte de
l'enseignement bouddhiste tel qu'il est présenté dans les ouvrages de Pema
Chödrön et notamment 'La voie commence là où vous êtes' dont je me
suis largement inspiré.
Pema Chödrön répète souvent que la pratique
commence là où nous en sommes. Pas quand nous saurons bien méditer, pas quand
nous aurons des sentiments plus purs, pas quand nous nous sentirons vraiment en
paix mais là, aujourd'hui, où nous en sommes.
Si nous éprouvons beaucoup de violence en nous, c'est un
magnifique point de départ. Si nous avons le sentiment d'être un moins que
rien, c'est également un superbe point de départ.
Entrons en contact avec ce que nous avons l'habitude de
juger, de détester et considérons nos passions, nos colères et notre
indifférence (nos 'poisons') non pas comme des poisons mais comme un remède et un
beau point de départ !
Vous aurez remarqué que la méthode présentée ici diverge
complètement d'une des techniques majeures de la sophrologie, le
déplacement du négatif.
Devons-nous pour autant remettre en question les techniques
sophrologiques qui visent à la réduction du négatif? Bien sûr que non
puisqu'elles ont fait leur preuve et que nous constatons leur efficacité sur
nous-mêmes et sur nos patients. Les enseignements bouddhistes ne sont pas
forcément adaptés à une demande thérapeutique en tout cas sur le court terme.
Il ne s'agit donc pas de remettre en question ce qui fonctionne ! Continuons à
déplacer le négatif et à inspirer le positif!
Le donner-recevoir- c'est le nom de l'exercice
présenté - est un travail intérieur, personnel. Cette pratique
bouddhiste puise ses racines dans les enseignements d'acceptation et de
compassion; elle dépasse la sphère du moi pour mieux relier les êtres humains
par la prise de conscience que la souffrance est universelle.
Caycedo s'est inspiré du Bouddhisme Tibétain pour la
création de la relaxation dynamique du 2ème degré et notamment l'action
positive.