Le sentiment de dévalorisation que les
complexes expriment s’installe dès les débuts
de la vie. Il dépend de la place que l’on a dans sa
famille et du regard que les parents portent sur eux-mêmes.
Car on ne peut sentir que l’on a une valeur si nos parents
pensent qu’eux-mêmes n’en ont aucune. Mais il
dépend surtout de la façon dont on a
été considéré par ses parents.
Savoir qu’il a été, à sa naissance, une
source de joie pour ses géniteurs est, pour tout individu,
la base du sentiment qu’il aura de la valeur. Mais ce
n’est jamais simple.
- Car les parents doivent faire le deuil de
l’enfant qu’ils avaient
imaginé.
- Car une femme malheureuse de sa
féminité peut ne pas supporter d’avoir une
fille
Le bébé sent tout ça et peut
ensuite se sentir coupable à vie de ne pas avoir eu le sexe
qui aurait contenté sa mère.
Certains enfants peuvent ‘compenser’ la
mort d’un autre et ils peuvent se sentir défaillants
toute leur vie.
Et puis, il y a les comparaisons entre
frères et soeurs.
Mais il y a aussi des
bénéfices. Se sentir complexé
peut servir à ne pas affronter les difficultés:
“Ce n’est pas la peine d’essayer, je
n’y arriverai jamais.”
Un complexe peut aussi servir à reprendre
à son compte un interdit
parental:
- Si mes parents m’ont interdit de vivre, le
fait que je sois complexé sera un bon moyen pour ne rien
entreprendre et leur rester en cela fidèle sans le
savoir.
Une autre fonction du complexe peut être de
protéger les autres: “Si dès ma naissance, j’ai eu
l’impression de déranger mon frère, de lui
prendre sa place, j’aurais l’impression de moins lui
faire de l’ombre en me sentant
nul”.
Pour Adler, le complexe de
supériorité apparaît dessiné
dans l’attitude, les traits de caractère et
l’opinion de l’individu persuadé que ses propres
dons et capacités sont supérieurs à la
moyenne. Mais pour Adler, il est indissociable du sentiment
d’infériorité inhérent à
chacun.
Pour lui, être un homme c’est se sentir
inférieur. Tous les progrès humains peuvent
s’expliquer par le fait que l’homme cherche à
vaincre l’infériorité. Pour lui toujours,
l’aspiration au pouvoir est la base de la névrose. Et
un enfant difficile est un enfant qui vit un complexe
d’infériorité. Et un tel complexe amène
l’enfant à développer une position
supérieure par certains comportements.
Il y a l’infériorité
des organes,
celle des gâteries,
et celle des négligences.
L’enfant est petit, physiquement petit et de
plus il ne comprend pas tout ce que disent les adultes. Quand il
regarde les adultes, il lève la tête. Il se sait plus
faible qu’eux. Pour Adler, le sentiment
d’infériorité est donc lié à la
taille même de l’enfant, au fait qu’il se sente
et qu’il soit ‘tout petit’. Celui-ci peut avoir
peur de l’adulte, de sa grosse voix, de sa
force.
Un exemple de ‘manque de confiance en
soi’ lié à une
infériorité
Une patiente me parle de son manque de confiance en
elle lors d’un entretien. Puis, en séance c’est
d’abord le manque de paroles de la part de sa mère qui
ressort, notamment le jour où elle a ses règles pour
la 1ère fois. Sa mère s’en
désintéresse. A plusieurs reprises dans les
séances, elle a retrouvé l’incapacité
à pouvoir dire quoi que ce soit à son père. A
chaque fois, elle s’est retrouvé petite fille, ne
pouvant pas lui dire en revécu ce qu’elle aurait
aimé lui dire.
Et c’est son père qui apparaît
dans la scène où elle annonce à sa mère
la venue de ses règles.
Voici ce qu’elle dit:
Mon père dit: “Qu’est-ce qui se
passe?
Elle: Moi, je peux rien dire. C’est
l’autorité
qui rentre. Je peux pas m’opposer à
lui.
Mon père est au milieu de la pièce.
Je le vois comme un
grand bonhomme (pourtant rajoute t-elle, il n’est
pas très grand), comme imposant. Je ne vais pas
pouvoir m’opposer à lui. Je le vois énorme, comme un
géant. J’ai
peur. Peur d’être battue, de prendre une raclée.
J’en ai ras le bol de son attitude. J’aimerais le
gifler.”
On voit bien dans ce court extrait que
l’enfant voit, sent son père comme beaucoup plus grand
qu’il ne l’est réellement. Elle comprendra alors
que son manque de confiance en elle vient en partie de son rapport
avec son père et de ce qu’elle ressent vis à
vis de lui.
L’enfant s’efforce en grandissant de se
rassurer malgré une inquiétude
originelle.
Et parfois, les seuls moyens à sa
disposition pour compenser ce sentiment
d’infériorité sont de revendiquer fortement sa
volonté de puissance: arrogance,
plainte...
Celui qui est naturellement plus intelligent que la
moyenne a néanmoins toujours au fond de lui ce sentiment
d’infériorité même si objectivement il
est supérieur aux autres. Il a en lui une croyance en son
incapacité à résoudre les problèmes.
Peut-être que les personne ayant un complexe de
supériorité se sont focalisées sur cette
particularité car elles n’ont trouvé que cela
comme mode de fonctionnement.
Pour le dépasser, il faut se
décentrer, tenir compte de l’autre. On peut alors se
tourner vers des activités caritatives ou utiles
socialement, bref vers le monde.