Thierry Loussouarn

dimanche 7 février 2016

13. UN ACTE MANQUÉ

L'acte manqué est un acte par lequel un sujet substitue malgré lui à une intention explicitement visée une action ou une conduite totalement imprévue. Ce terme ne désigne pas l'ensemble des ratés de la parole, de la mémoire ou de l'action, mais les conduites que le sujet réussit habituellement, et dont il tente d'attribuer l'échec à une inattention ou au hasard.

 

Les actes manqués sont, comme les symptômes, des formations de compromis, entre l'intention consciente du sujet et le refoulé. Freud souligne que de tels actes interviennent toujours dans un échange entre deux personnes: Les actes manqués se présentent sous la forme de lapsus, fausse lecture ou fausse audition, oubli, fait d'égarer un objet, pertes, erreurs, etc.

 

Freud les intègre radicalement au fonctionnement psychique: il nous apprend qu'ils ont un sens, et que ce sont des «actes psychiques»! Il nous indique aussi que l'acte prétendument manqué est en fait, sur un autre plan, un acte «réussi», car le désir inconscient s'y révèle d'une façon souvent très manifeste. Il signifie précisément à celui qui en est l'auteur ce dont il ne veut rien savoir.

 

Exemple de lapsus: A la fin d’une séance, je fais remarquer à un patient que sa séance à porté sur des souvenirs anodins, et même agréables loin des vécus de la précédente séance. Je lui explique la nécessité de tout exprimer ce qui lui passe par la tête. Il me répond alors: “J’aimerais qu’il y ait un bip rouge qui m’avertisse quand je laisse aller mon inconscient.” Je lui fais alors remarquer qu’il voudrait en fait que son inconscient le prévienne quand un matériau intéressant surgit. Il mettra un certain temps à comprendre son lapsus et finira par dire que ce qu’il voulait vraiment dire, c’est: “J’aimerai qu’il y ait un bip rouge qui m’avertisse quand je contrôle.”

 

L'acte manqué est donc l'expression d'un désir inconscient du sujet qui se réalise malgré lui, ce qui suppose, nous dit Freud, l'intervention nécessaire et préalable du refoulement. L'acte manqué trouve alors son origine dans la rencontre de deux intentions différentes:
- le désir inconscient refoulé
- l'intention consciente.

 

Ainsi, perdre un objet peut signifier qu'on n'y tient plus ou bien qu'on ne tient plus à celui qui l'a donné, ce qui implique l'idée soit d'une perte volontaire, soit d'un sacrifice volontaire.

 

De même, l'oubli d'un mot n'est pas nécessairement provoqué par le rappel d'une situation déplaisante, mais peut être dû au fait que ce mot est en étroite relation avec d'autres associations d'idées.

 

La méthode des associations libres utilisée dans la cure sophro-analytique permet d'examiner ces «accidents» et de conclure au bien-fondé de l'assimilation faite de l'acte manqué à un véritable symptôme.

 

Ainsi, la théorie psychanalytique des actes manqués permet d'accéder à l'étude et à la compréhension du fonctionnement de l'inconscient.

 

Ici comme dans tout le domaine de la psychothérapie, il importe de faire très attention à la psychologie de ‘bazar’ qui nous fait allégrement interpréter tel acte comme étant un acte manqué en donnant en plus une signification certaine. De même le sophro-analyste fera très attention à ne pas jouer au thérapeute dans ses relations amicales!
Exemple d’un faux acte manqué: Un patient arrive à son RV et me dit tout de suite qu’il a oublié son chéquier. Il me précise un peu plus tard que c’est sa femme qui lui a emprunté son carnet de chèques. Il me dit ensuite qu’il aimerait travailler sur son problème vis à vis de l’argent. Il se sent coupable quand il dépense, ce qui fait qu’il dépense très peu. Surtout quand il dépense pour lui. Il retrouvera en séance deux souvenirs significatifs.

 

- Le 1er où il découvre 1 pièce d’un franc dans un tiroir. Il le prend et va acheter des bonbons pour les partager avec ses copains. Il avouera plus tard qu’il n’a jamais eu d’argent de poche (parents très pauvres). Quand sa mère découvre la disparition de ce franc, elle panique car cette pièce devait servir à payer le car pour son frère. Elle sera obligé d’aller demander à un oncle de l’argent pour payer le car. Mon patient s’est senti coupable et prend conscience combien il a mis sa mère en difficulté. Il y a là un contraste entre le vol (1 pièce d’un franc) et le fait d’avoir mis sa mère en difficulté.
- Il retrouve ensuite un 2ème souvenir où il vole des BD à des voisins (de sa famille). Ces BD seront retrouvées quelques temps plus tard par leurs propriétaires chez lui. Là il prend conscience qu’il a mis son père en difficulté.

 

N’importe quel thérapeute ferait très vite un lien entre le chéquier oublié et le thème de la séance. Mais si l’on considère que c’est sa femme qui a pris son carnet de chèque on pourrait presque voir ici une sorte de synchronicité. Sa femme en prenant le carnet de chèque a suscité des associations qui l’ont amené à vouloir travailler sur son problème vis à vis de l’argent et il a retrouvé ces deux souvenirs dont le 1er qu’il avait totalement oublié. On pourrait alors conclure que s’il ne peut pas dépenser de l’argent pour lui (alors qu’il n’est pas avare) c’est à cause de ces deux événements où en voulant se faire plaisir et s’offrir quelque chose, il a mis sa mère puis son père en difficulté.

12. Le Ça, les pulsions, l'Eros, la pulsion de desctruction

Dans la 2ème topique; le ça (mouvement pulsionnel) est en très grande partie inconscient. En effet, la perception de nos propres pulsions n’est pas tout à fait évidente.

L’inconscient (le ça ) , c’est notre acquis personnel issu de toutes les expériences vécues dans le milieu dans lequel nous avons évolué. C’est une grande force à l’intérieur de nous-même.

La ça est l’instance psychique, la plus ancienne, la plus inaccessible. Elle est inconsciente. C’est là que l’on rencontre les pulsions de vie et de mort. On y trouve les tendances héréditaires, tout ce que l’être apporte en naissant, les déterminations innées, le passé organique et ce qui provient du refoulement, le refoulé.

La puissance du ça tend à satisfaire les besoins innés de l’individu


Les pulsions
Elles représentent les exigences d’ordre somatique.
Elles sont conservatrices
A l’origine, tout était ça. le moi s’est développé à partir du ça, sous l’influence du monde extérieur.


L’Éros
- pulsion de conservation de soi et de l’espèce
- amour du moi et amour d’objet
- pulsion de conservation
- la libido, c’est toute l’énergie disponible de l’Éros


La pulsion de destruction
Après 1920, Freud se ralliera à l'hypothèse selon laquelle il existerait une pulsion destructrice autonome qu'il nommera l'instinct de mort.

- pulsion de destruction, de mort

- pulsion muette jusqu’au moment où elle se tourne vers l’extérieur grâce au système musculaire

- avec l’instauration du surmoi, l’énergie de la pulsion de destruction se fixe à l’intérieur du moi et y agit sur un mode auto-destructif

- refréner son agressivité est souvent malsain et pathogène: l’agression se retourne contre l’individu lui-même

- pour Freud l’individu meurt de ses conflits internes alors que l’espèce meurt après une lutte contre le monde extérieur



Les principes de plaisir (ça) et de réalité (surmoi)

Le ça n'obéit qu'au «principe de plaisir», c'est-à-dire qu'il vise à satisfaire les pulsions par la voie la plus directe.

La psychanalyse freudienne renouvelle et enrichit la conception du plaisir, centrant son étude sur le plus méconnu: le plaisir sexuel.

Généralisant les vues précédentes, Freud a été amené à faire de la recherche du plaisir sous toutes ses formes, qu'il désigne sous le nom de principe de plaisir, l'un des deux principes fondamentaux qui régissent la vie humaine. Le principe de plaisir exige la satisfaction, par les voies les plus courtes, de toutes les pulsions conscientes ou inconscientes du psychisme humain. C’est une loi importante en thérapie:

tout individu recherche avant tout son plaisir donc son équilibre, son bien-être.

On voit ça chez l’enfant qui en se laissant aller à ses instincts, cherche à assurer sa vie, à avoir le plus de bien être possible et ce immédiatement.

Mais il se heurte très tôt à un principe antagoniste, le principe de réalité, qui impose la renonciation au plaisir à cause des conséquences fâcheuses qui en résulteraient pour l'individu, du fait des interdits socioculturels

L'activité psychique, dans son ensemble, a pour but d'éviter le déplaisir et de procurer le plaisir.

Le principe de réalité, régulateur du fonctionnement psychique, apparaît secondairement comme modification du principe de plaisir, qui règne d'abord en maître.

11. Le MOI

Dans les recherches de la psychologie expérimentale contemporaine, le moi désigne:

- tantôt l'individualité biologique (potentiel héréditaire, instincts, schéma corporel, tempérament nerveux, etc.),

- tantôt la personnalité psychique (conscience de soi, inconscient, comportements acquis, caractère, retentissement affectif des événements marquants de la vie du sujet).


La sociologie et la dynamique de groupe insistent sur le fait qu'il est impossible de définir le moi et sa formation sans le mettre en relation avec le personnage qu'il incarne (fonctions sociales ou professionnelles, rôles assumés ou joués, modèles empruntés au milieu culturel). Ces divers sens constituent la notion d'individu, qui s'oppose à celle de personne, dont le sens est de plus en plus moral (problème de la dignité de la personne humaine).

La psychothérapie, la psychanalyse et donc la sophro-analyse ont comme objectif essentiel,

- le renforcement du moi

- le renforcement de ses structures


De nombreuses questions subsistent.

Le moi existe t-il vraiment? A t-il vraiment une consistance?

N’est-ce pas plutôt l’inconscient qui en est l’entité la plus constante?

Comment le moi s'est-il formé et différencié?

Comment maintient-il la conscience de sa permanence à travers les changements qui l'affectent et dont il reconnaît la réalité?

Comment réalise-t-il la synthèse de tant d'éléments psychiques divers?

Quels sont les traumatismes qui peuvent mettre en danger cette permanence et cette unité?

Le moi est-il une illusion comme le disent les enseignements orientaux?


Le moi en psychanalyse

En psychanalyse, souvent, le mot ‘moi’ désigne la personnalité psychique prise dans son ensemble.

Mais dans un second sens, et pour mieux décrire les forces en présence dans ces conflits, le moi désigne une instance particulière de la personnalité globale.

Le moi peut alors être aussi défini comme une sorte d'arbitre entre le ça et le surmoi.

Le moi repousse dans l’inconscient certains contenus et certaines impressions nouvelles. Ces ‘impressions nouvelles’ rejetées dans le ça, c’est le refoulé. Lacan appelait le refoulé: le chapitre oublié de l’histoire.

Grosso modo, nous avons donc ce qui est inné (certains contenus du ça) et ce qui est acquis au cours de l’évolution du moi (les ‘impressions nouvelles’).

Le moi dispose du contrôle des mouvements volontaires (relations entre la perception sensorielle et l’action musculaire)

Il assure l’auto-affirmation.

Il reconnaît les excitations extérieures et accumule dans la mémoire les expériences.

Il fuit quand l’excitation est trop forte.

Il s’adapte quand il y a des excitations modérées.

Il acquiert la maîtrise des pulsions et décide si elles doivent être satisfaites ou non.

Il tend vers le plaisir et évite le déplaisir.

Une augmentation de déplaisir provoque un signal d’angoisse due au danger.

Il trouve le moyen le moins dangereux pour obtenir une satisfaction.

Le moi est déterminé par ce qu’il a vécu.


Pour résumer, le moi est la personnalité individuelle en tant qu'elle est consciente d'être une en dépit des changements qui l'affectent, et distincte des autres hommes.


Le moi comme instance

Comme toute la personnalité, le moi se forme par étapes. Peu à peu, l'enfant parvient à se percevoir comme une réalité distincte à la fois d'autrui et du milieu extérieur: c'est le processus d'individualisation. Mais, parallèlement, du fait de la constitution des instances, la personnalité se scinde en éléments opposés. De ce point de vue, le moi est un intermédiaire entre le ça et le surmoi. Du fait de sa situation centrale, il perçoit leurs divergences, et sa fonction est de maintenir, par une suite de compromis difficiles, l'unité de la personnalité prise entre les sollicitations du ça, les exigences de la vie sociale, les interdits du surmoi, et l'aspiration à la sécurité psychique. On notera que, tout comme le surmoi, le moi baigne en partie dans l'inconscient et que les mécanismes de défense qu'il élabore fonctionnent en partie au sein du ça.


Les échecs du moi peuvent se produire dans deux directions.

- Lorsqu'il est débordé par le surmoi et les exigences de la réalité, il néglige la satisfaction de ses pulsions et prend le chemin de la névrose.

- Au contraire, quand les pulsions du ça le dominent, au point de lui faire perdre tout sens du réel, il évoluera dans le sens de la psychose.

10. Le SURMOI

Freud repère une instance de censure qu'il décrit comme voix de la conscience morale, d'agent critique, d'interdiction et d'observation et qu'il nommera le Surmoi. Cette instance, inconsciente pour une large part, va intervenir là où se rencontrent et se mêlent satisfaction et punition. Elle constitue une sorte d'autorité intériorisée.
De par une longue période de dépendance envers ses parents, l’individu voit se former le surmoi.
Il est issu de la personnalité des parents qui agit sur l’enfant.
Il résulte de l’influence des traditions familiales, raciales, nationales, de l’exigence du milieu social immédiat, des successeurs des parents ou leurs substituts: éducateurs, instituteurs.
Il est donc le prolongement de l’influence parentale et donc le résidu de l’éducation.
Le moi est obligé de tenir compte de cette instance.
Il refrène les satisfactions.
Il représente le rôle du passé, la tradition.
Le surmoi donne une tension, une culpabilité, une angoisse et une rigidité intérieure qui aboutissent souvent à la névrose dont les symptômes peuvent être autant physiques que psychiques.
Plus le surmoi est inconscient et plus il risque de devenir pathologique.
Le ça face au surmoi
Nous avons vu que le ça désignait les forces instinctuelles de notre l'inconscient (libido, instinct de mort, agressivité). Le ça existe dès la naissance et constitue le fond dynamique de notre personnalité. Le fond commun à toute l’humanité?
Nous avons vu également que le ça n'obéissait qu'au «principe de plaisir», c'est-à-dire qu'il vise à satisfaire les pulsions par la voie la plus directe. Mais aucune société ne saurait laisser libre cours à ces pulsions; toutes leur opposent une série d'interdits, dont les plus nombreux frappent la sexualité et l'agressivité.    
Dans la toute petite enfance, les pulsions s'expriment librement, puis elles se heurtent à ces interdits. Lorsque l'enfant a intériorisé ceux-ci, c'est-à-dire lorsqu'il les respecte de lui-même, on dit que son surmoi est formé. Le surmoi est donc le juge et le censeur du moi, la «grosse voix intérieure».
Les opinions varient sur l'époque de cette formation. Pour Freud, le surmoi se constitue lors de la liquidation de l'œdipe, entre trois et six ans. Pour d'autres (Mélanie Klein), il existe bien plus tôt. La manière dont il se forme est déterminante pour toute la vie ultérieure de l'individu. Le surmoi exerce sa juridiction sur le moi aux niveaux de la conscience et de l'inconscient.       
Soulignons enfin que le surmoi n'a pas seulement des aspects répressifs, mais qu'il propose constamment au moi des idéaux, des modèles culturels et moraux. Il devient alors le moi idéal ou idéal du moi.

9. Les complexes (d’après Claude Halmos)

Le sentiment de dévalorisation que les complexes expriment s’installe dès les débuts de la vie. Il dépend de la place que l’on a dans sa famille et du regard que les parents portent sur eux-mêmes. Car on ne peut sentir que l’on a une valeur si nos parents pensent qu’eux-mêmes n’en ont aucune. Mais il dépend surtout de la façon dont on a été considéré par ses parents.
Savoir qu’il a été, à sa naissance, une source de joie pour ses géniteurs est, pour tout individu, la base du sentiment qu’il aura de la valeur. Mais ce n’est jamais simple.
- Car les parents doivent faire le deuil de l’enfant qu’ils avaient imaginé.
- Car une femme malheureuse de sa féminité peut ne pas supporter d’avoir une fille
Le bébé sent tout ça et peut ensuite se sentir coupable à vie de ne pas avoir eu le sexe qui aurait contenté sa mère.
Certains enfants peuvent ‘compenser’ la mort d’un autre et ils peuvent se sentir défaillants toute leur vie.
Et puis, il y a les comparaisons entre frères et soeurs.
Mais il y a aussi des bénéfices. Se sentir complexé peut servir à ne pas affronter les difficultés: “Ce n’est pas la peine d’essayer, je n’y arriverai jamais.”
Un complexe peut aussi servir à reprendre à son compte un interdit parental:
- Si mes parents m’ont interdit de vivre, le fait que je sois complexé sera un bon moyen pour ne rien entreprendre et leur rester en cela fidèle sans le savoir.
Une autre fonction du complexe peut être de protéger les autres: Si dès ma naissance, j’ai eu l’impression de déranger mon frère, de lui prendre sa place, j’aurais l’impression de moins lui faire de l’ombre en me sentant nul”.
Pour Adler, le complexe de supériorité apparaît dessiné dans l’attitude, les traits de caractère et l’opinion de l’individu persuadé que ses propres dons et capacités sont supérieurs à la moyenne. Mais pour Adler, il est indissociable du sentiment d’infériorité inhérent à chacun.
Pour lui, être un homme c’est se sentir inférieur. Tous les progrès humains peuvent s’expliquer par le fait que l’homme cherche à vaincre l’infériorité. Pour lui toujours, l’aspiration au pouvoir est la base de la névrose. Et un enfant difficile est un enfant qui vit un complexe d’infériorité. Et un tel complexe amène l’enfant à développer une position supérieure par certains comportements.
Il y a l’infériorité des organes,
celle des gâteries,
et celle des négligences.
L’enfant est petit, physiquement petit et de plus il ne comprend pas tout ce que disent les adultes. Quand il regarde les adultes, il lève la tête. Il se sait plus faible qu’eux. Pour Adler, le sentiment d’infériorité est donc lié à la taille même de l’enfant, au fait qu’il se sente et qu’il soit ‘tout petit’. Celui-ci peut avoir peur de l’adulte, de sa grosse voix, de sa force.
Un exemple de ‘manque de confiance en soi’ lié à une infériorité
Une patiente me parle de son manque de confiance en elle lors d’un entretien. Puis, en séance c’est d’abord le manque de paroles de la part de sa mère qui ressort, notamment le jour où elle a ses règles pour la 1ère fois. Sa mère s’en désintéresse. A plusieurs reprises dans les séances, elle a retrouvé l’incapacité à pouvoir dire quoi que ce soit à son père. A chaque fois, elle s’est retrouvé petite fille, ne pouvant pas lui dire en revécu ce qu’elle aurait aimé lui dire.
Et c’est son père qui apparaît dans la scène où elle annonce à sa mère la venue de ses règles.
Voici ce qu’elle dit:
Mon père dit: “Qu’est-ce qui se passe?
Elle: Moi, je peux rien dire. C’est l’autorité qui rentre. Je peux pas m’opposer à lui.
Mon père est au milieu de la pièce. Je le vois comme un grand bonhomme (pourtant rajoute t-elle, il n’est pas très grand), comme imposant. Je ne vais pas pouvoir m’opposer à lui. Je le vois énorme, comme un géant. J’ai peur. Peur d’être battue, de prendre une raclée. J’en ai ras le bol de son attitude. J’aimerais le gifler.”
On voit bien dans ce court extrait que l’enfant voit, sent son père comme beaucoup plus grand qu’il ne l’est réellement. Elle comprendra alors que son manque de confiance en elle vient en partie de son rapport avec son père et de ce qu’elle ressent vis à vis de lui.
L’enfant s’efforce en grandissant de se rassurer malgré une inquiétude originelle.
Et parfois, les seuls moyens à sa disposition pour compenser ce sentiment d’infériorité sont de revendiquer fortement sa volonté de puissance: arrogance, plainte...
Celui qui est naturellement plus intelligent que la moyenne a néanmoins toujours au fond de lui ce sentiment d’infériorité même si objectivement il est supérieur aux autres. Il a en lui une croyance en son incapacité à résoudre les problèmes. Peut-être que les personne ayant un complexe de supériorité se sont focalisées sur cette particularité car elles n’ont trouvé que cela comme mode de fonctionnement.
Pour le dépasser, il faut se décentrer, tenir compte de l’autre. On peut alors se tourner vers des activités caritatives ou utiles socialement, bref vers le monde.

8. L’inconscient d’après Jung

Chez Jung, l’inconscient collectif contient des images ancestrales, des archétypes qui sommeillent en nous.
“ La nature humaine possède à titre inaliénable un coté obscur, qui se retrouve non seulement dans l’homme, mais aussi dans ses oeuvres, dans ses institutions, dans ses convictions. Même nos visions les plus pures et nos conceptions les plus sacrées reposent sur des assises obscures...” La réaction d’horreur soulevée par les interprétations Freudiennes tient uniquement à notre naïveté barbare et enfantine, qui ignore encore que rien de haut ne s’est bâti sans fondations profondes et que l’expression “les extrêmes se touchent” fait vraiment partie des vérités définitives... L’inconscient n’est rien d’autre que le réceptacle de toutes les turpitudes ténébreuses et nauséabondes de la nature humaine, y compris les sédiments de la fange préhistorique, on ne voit vraiment pas pourquoi on s’attarderait plus que de raison dans le voisinage de ce marécage qui a menacé de vous enliser... L’inconscient ne renferme pas seulement des complexes naguère conscients, devenus inconscients par refoulement; il recèle aussi des contenus qui lui sont propres et qui, s’élevant des profondeurs inconnues, atteignent progressivement à la conscience...” Jung
Jung fait appel à la notion d’ombre. L’ombre comporte nos défauts (notamment ceux que nous ne voulons pas voir), nos traits de caractères (notamment ceux dont nous n’avons pas conscience).
Selon Jean-Jacques CrèveCoeur, 3 lois régissent ce phénomène de l’ombre.
- loi de la résonance. Lorsque quelqu’un manifeste un comportement proche de l’un de nous, cela nous fait entrer en résonance. Résonance agréable si le trait de caractère est valorisant. Résonance ou réaction négative,  rejet ou intolérance  si le trait de caractère ou le défaut n’est pas acceptée (il n’est pas accepté puisqu’il est dans l’ombre). Donc, voir nos ombres manifestées sur quelqu’un d’autre nous amène à les rejeter violemment: nous ne sommes pas conscient de ce qui se joue.
La résonance est particulièrement intéressante car elle me donne l’occasion de prendre conscience de mes ombres. Il suffit de repérer nos réactions vis à vis des personnes que nous rencontrons.
- loi d’aggravation. Plus fort on cherche à refouler un défaut, plus on contribue à renforcer sa présence.
- loi de la manifestation. Plus nous rejetons nos ombres, plus elles se manifestent dans notre vie, à notre insu.
Quand des politiques, des médecins expliquent que la psychothérapie peut constituer un danger pour les usagers et parlent alors de risques sectaires, de manipulation ou d’exploitation ces notions entre en résonance avec leur propre coté sectaire ou manipulateur. Et comme on peut trouver quelques cas de psychothérapeutes dangereux cela a pour effet de réveiller l’ombre de ces politiques.
Jung explique que lorsque nous rejetons un trait de caractère, un comportement, nous bloquons l’énergie qui y est associée. Cette énergie passe dans l’inconscient. Le comportement ou le trait de caractère devient donc une ombre. Au fil des refoulements, des rejets, nos ombres deviennent de plus en plus importantes donc l’énergie bloquée est, elle aussi, importante. Jung nous propose alors une transmutation alchimique de nos ombres. Celle-ci aura pour objectif de libérer l’énergie. Cette alchimie a 4 étapes très proches les unes des autres:
1) Reconnaître nos ombres, reconnaître par exemple, que nous avons tendance à avoir une emprise sur les autres ou à vouloir les manipuler.
2) Accepter sans jugement et avec bienveillance leur présence: elles font partie de nous. Elles ont certainement été utiles à notre vie vie.
3) L’acceptation doit aboutir à aimer nos ombres.
4) Enfin, il s’agit de parvenir à accepter de façon inconditionnelle d’avoir pu à un moment bloquer l’énergie et transformer en ombre des qualités neutres au départ.

7. UN LAPSUS

Je reçois un couple. C’est le mari qui a appelé. Il vient accompagné de sa femme.
Il a 6 ans de plus qu’elle. Quand il l’a connue, elle était étudiante. Il doit alors partir sur la région parisienne pour son travail. Elle décide de le suivre. Tout va bien pendant quelques années. Néanmoins, en 96 il a un problème de santé: tumeur au cerveau, opération et crise d’épilepsie. Celles-ci sont violentes mais rares (3 en tout en 7 ans).
Ils viennent me voir pour un problème au sujet de l’allaitement. Ils viennent d’avoir un deuxième enfant il y a 13 jours. La femme n’avait pas envie d’allaiter. Le mari lui voulait cet allaitement et n’a pas semble t-il entendu le désir de sa femme qui, elle ne voulait pas allaiter. Néanmoins, elle essaie et ça ne marche pas. La mère de la femme est contre l’allaitement. Elle l’encourage même à donner des biberons. Et le mari est mécontent que sa belle-mère soit contre; il ne supporte pas ce conseil. Pour lui, c’est à cause d’elle que sa femme n’allaite pas.
Par contre, la mère du mari, elle, est pour l’allaitement . Elle a eu 7 enfants et les a allaités tous sauf le dernier, mon client.
Après un quart d’heure d’entretien, le mari parle essentiellement de sa belle-mère. Belle-mère qui recommande les biberons, qui fait la vaisselle (alors qu’il lui a dit de ne pas la faire) ou qui la fait sans son autorisation. Il n’aime pas voir sa belle-mère faire la vaisselle chez lui.
Il ne supporte pas non plus de voir que sa femme ne réagit pas aux comportements de sa mère. Elle dit ne pas en ressentir le besoin et ne pas avoir envie de se fâcher avec elle pour des problèmes aussi peu importants.
Je pose au mari des questions sur son enfance. Sa mère c’était l’autorité à la maison. C’est elle qui punissait: elle tirait les cheveux ou le fouettait avec des orties. Spontanément il évalue à 10 fois le nombre de fois où il a été fouetté dans son enfance.
Je lui demande ce qu’il ressentait alors vis à vis d’elle. Il semble avoir du mal à exprimer un ressenti puis finalement il parle de haine. 20 minutes plus tard, il dira pourtant ne pas se souvenir de sentiments envers sa mère. Sa femme et moi-même lui faisons remarquer qu’il a précédemment parlé de haine. Il a déjà oublié. Force du refoulement!
Je lui parle du phénomène de transfert, lui parle de ce qu’il a pu ressentir vis à vis de sa mère, enfant, et qu’il n’a pu exprimer. Il précise qu’il ne disait jamais rien face à elle.
Quelques instants plus tard, il s’adresse à sa femme et lui dit: “J’en veux à ta belle-mère...” Sa femme rectifie tout de suite: “A ta mère.” Et moi, je rajoute: “C’est un lapsus. Si vous en voulez à la belle-mère de votre femme, c’est bien à votre propre mère que vous en voulez.”
Ce que le mari vit et ressent vis à vis de sa belle-mère vient de son histoire avec sa propre mère, sans doute de son autoritarisme. Il n’aime pas qu’on lui impose quelque chose: la vaisselle que fait sa belle-mère, c’est quelque chose qu’on lui impose. Il n’aime pas voir que sa femme ne réagit pas aux comportements de sa mère. Certainement que lui-même n’a pas aimé que sa mère lui impose des choses (sa mère lui interdisait de partir dans les champs ou de partir trop longtemps; et j’apprendrais plus tard, en séance, qu’elle décidait quand il pouvait s’habiller ou plus précisément quand il pouvait aller chercher ses vêtements: en fait c’est sa mère qui allait lui chercher). Et lui-même n’a pas su réagir. C’est d'ailleurs bien ce qui le gène quand il voit sa femme sans réaction vis à vis de sa mère.
Cette vignette est intéressante car elle montre bien:
- le poids de notre histoire sur nos vécus d'adultes
- la force du refoulement qui s'exprime néanmoins dans la vie de ce couple et notamment du mari
- une attitude narcissique de la mère du mari (c'est elle qui décidait quand il devait s'habiller et avec quels vêtements)
- un lapsus intéressant (totalement inconscient) qui montre bien ce que le mari ressent vis à vis de sa propre mère

6. Schéma corporel et image du corps

Le schéma corporel : terme créé par le neuropsychiatre viennois Paul Ferdinand Schilder en 1923 pour désigner l'image, la représentation tridimensionnelle que chacun a de son propre corps, immobile ou en mouvement dans l'espace, ainsi que de la posture des différentes parties du corps les unes par rapport aux autres.     
   
Cette image résulte de l'intégration de données perceptives (visuelles, tactiles, auditives, kinesthésiques) fournies par les informations sensorielles et posturales.

Les recherches sur le développement de l'enfant ont permis de dégager les grandes étapes de l'acquisition du schéma corporel. On sait qu'elles suivent la maturation neurologique de l'enfant.

Au départ il y a une indifférenciation entre le corps de l'enfant et le monde extérieur.
Très vite des formes primitives de schéma corporel se manifestent par les interactions entre les systèmes sensoriels. L'enfant, en portant les objets à sa bouche, fait progressivement la différence entre les informations venant de son propre corps (proprioceptives) et celles venant de l'extérieur (extéroceptives).

Avec l'acquisition du déplacement autonome et de la station debout, le schéma corporel se modifie par la représentation du corps dans l'espace.
Le langage va donner au schéma corporel sa dimension symbolique en prenant en compte l'existence du corps d'autrui.       
Il faut souligner la différence établie par la psychanalyse entre schéma corporel et image du corps.
Le schéma corporel concerne le corps réel, et sera sensiblement le même pour tous les individus d'un âge donné.

En revanche l'image du corps, telle que l'a décrite la psychanalyste Françoise Dolto, est inconsciente et spécifique pour chacun de nous. Elle est liée à l'histoire singulière affective et émotionnelle, notamment à la relation mère/enfant. Elle s'élabore en réponse aux stimulations sensorielles et affectives prodiguées par la mère dans un juste équilibre avec les demandes de l'enfant.








2. La défense

Nous pouvons accorder que des mobiles et des motifs inconscients nous échappent.” La Rochefoucauld

En psychanalyse, la défense est l'ensemble des procédés, des mécanismes, le plus souvent inconscients, utilisés par le Moi pour maintenir son unité et son intégrité contre les dangers internes ou externes qui les mettraient en cause. Les mécanismes de défense - qui font partie du MOI - sont majoritairement inconscients.  L’origine de la défense est le moi.

Les défenses se sont mises en place très tôt.
Tous les mécanismes de défense se fondent sur du REFUS.
Si le refus est mal accueilli par l’enfant, le refus est intériorisé et devient inconscient

Quelqu’un confronté à quelque chose d’insupportable refoule. Le refoulement est le mécanisme de défense par excellence.

Les ennemis du Moi contre lesquels le Moi se défend peuvent être extérieurs, car la satisfaction de ses désirs profonds risque d'entraîner pour lui des conséquences fâcheuses du fait des interdits sociaux.

Le Moi, dans la conception freudienne (2ème topique) , se compose de plusieurs instances:
- le Ça, qui représente le réservoir des forces instinctives inconscientes;
- le Surmoi, intériorisation par le sujet des interdits moraux et sociaux dus à son éducation;
- et enfin le Moi. Le Moi se défend donc contre les pulsions inconsidérées du Ça en se guidant sur les impératifs du Surmoi et en tenant compte des réalités de la société dans laquelle il vit.     

Le but de la défense est donc clair. Il s'agit de maintenir, par une série de compromis, l'unité toujours fragile du psychisme humain. On peut considérer que tout traumatisme est une rupture momentanée de l'équilibre psychique, rupture qui devient durable avec la névrose, si le Moi ne parvient pas à mobiliser à temps assez de réserves énergétiques pour rétablir l'unité perdue. La thérapie lui apporte, dans cette tâche, une aide extérieure, en particulier grâce aux possibilités offertes par la mise en lumière des souvenirs, des émotions refoulés et le travail d’expression et d’acceptation.           

1. Article nouvelobs.com

Le neuropsychiatre français David Servan-Schreiber est persuadé que les maux de l'âme, quand c'est possible, devraient être traités de manière la plus naturelle possible. Il a développé ses idées dans un ouvrage intitulé «Guérir le stress, l'anxiété, la dépression sans médicaments ni psychanalyse», publié chez Robert Laffont. 
Parmi ces méthodes alternatives, il évoque le sport, la méditation et l'EMDR - la désensibilisation par les mouvements oculaires -, une nouvelle méthode américaine qu'il a introduite en France. Il conseille également la consommation d'Oméga 3, un acide gras essentiel polyinsaturé.