Thierry Loussouarn

dimanche 7 février 2016

9. Les complexes (d’après Claude Halmos)

Le sentiment de dévalorisation que les complexes expriment s’installe dès les débuts de la vie. Il dépend de la place que l’on a dans sa famille et du regard que les parents portent sur eux-mêmes. Car on ne peut sentir que l’on a une valeur si nos parents pensent qu’eux-mêmes n’en ont aucune. Mais il dépend surtout de la façon dont on a été considéré par ses parents.
Savoir qu’il a été, à sa naissance, une source de joie pour ses géniteurs est, pour tout individu, la base du sentiment qu’il aura de la valeur. Mais ce n’est jamais simple.
- Car les parents doivent faire le deuil de l’enfant qu’ils avaient imaginé.
- Car une femme malheureuse de sa féminité peut ne pas supporter d’avoir une fille
Le bébé sent tout ça et peut ensuite se sentir coupable à vie de ne pas avoir eu le sexe qui aurait contenté sa mère.
Certains enfants peuvent ‘compenser’ la mort d’un autre et ils peuvent se sentir défaillants toute leur vie.
Et puis, il y a les comparaisons entre frères et soeurs.
Mais il y a aussi des bénéfices. Se sentir complexé peut servir à ne pas affronter les difficultés: “Ce n’est pas la peine d’essayer, je n’y arriverai jamais.”
Un complexe peut aussi servir à reprendre à son compte un interdit parental:
- Si mes parents m’ont interdit de vivre, le fait que je sois complexé sera un bon moyen pour ne rien entreprendre et leur rester en cela fidèle sans le savoir.
Une autre fonction du complexe peut être de protéger les autres: “Si dès ma naissance, j’ai eu l’impression de déranger mon frère, de lui prendre sa place, j’aurais l’impression de moins lui faire de l’ombre en me sentant nul”.
Pour Adler, le complexe de supériorité apparaît dessiné dans l’attitude, les traits de caractère et l’opinion de l’individu persuadé que ses propres dons et capacités sont supérieurs à la moyenne. Mais pour Adler, il est indissociable du sentiment d’infériorité inhérent à chacun.
Pour lui, être un homme c’est se sentir inférieur. Tous les progrès humains peuvent s’expliquer par le fait que l’homme cherche à vaincre l’infériorité. Pour lui toujours, l’aspiration au pouvoir est la base de la névrose. Et un enfant difficile est un enfant qui vit un complexe d’infériorité. Et un tel complexe amène l’enfant à développer une position supérieure par certains comportements.
Il y a l’infériorité des organes,
celle des gâteries,
et celle des négligences.
L’enfant est petit, physiquement petit et de plus il ne comprend pas tout ce que disent les adultes. Quand il regarde les adultes, il lève la tête. Il se sait plus faible qu’eux. Pour Adler, le sentiment d’infériorité est donc lié à la taille même de l’enfant, au fait qu’il se sente et qu’il soit ‘tout petit’. Celui-ci peut avoir peur de l’adulte, de sa grosse voix, de sa force.
Un exemple de ‘manque de confiance en soi’ lié à une infériorité
Une patiente me parle de son manque de confiance en elle lors d’un entretien. Puis, en séance c’est d’abord le manque de paroles de la part de sa mère qui ressort, notamment le jour où elle a ses règles pour la 1ère fois. Sa mère s’en désintéresse. A plusieurs reprises dans les séances, elle a retrouvé l’incapacité à pouvoir dire quoi que ce soit à son père. A chaque fois, elle s’est retrouvé petite fille, ne pouvant pas lui dire en revécu ce qu’elle aurait aimé lui dire.
Et c’est son père qui apparaît dans la scène où elle annonce à sa mère la venue de ses règles.
Voici ce qu’elle dit:
Mon père dit: “Qu’est-ce qui se passe?
Elle: Moi, je peux rien dire. C’est l’autorité qui rentre. Je peux pas m’opposer à lui.
Mon père est au milieu de la pièce. Je le vois comme un grand bonhomme (pourtant rajoute t-elle, il n’est pas très grand), comme imposant. Je ne vais pas pouvoir m’opposer à lui. Je le vois énorme, comme un géant. J’ai peur. Peur d’être battue, de prendre une raclée. J’en ai ras le bol de son attitude. J’aimerais le gifler.”
On voit bien dans ce court extrait que l’enfant voit, sent son père comme beaucoup plus grand qu’il ne l’est réellement. Elle comprendra alors que son manque de confiance en elle vient en partie de son rapport avec son père et de ce qu’elle ressent vis à vis de lui.
L’enfant s’efforce en grandissant de se rassurer malgré une inquiétude originelle.
Et parfois, les seuls moyens à sa disposition pour compenser ce sentiment d’infériorité sont de revendiquer fortement sa volonté de puissance: arrogance, plainte...
Celui qui est naturellement plus intelligent que la moyenne a néanmoins toujours au fond de lui ce sentiment d’infériorité même si objectivement il est supérieur aux autres. Il a en lui une croyance en son incapacité à résoudre les problèmes. Peut-être que les personne ayant un complexe de supériorité se sont focalisées sur cette particularité car elles n’ont trouvé que cela comme mode de fonctionnement.
Pour le dépasser, il faut se décentrer, tenir compte de l’autre. On peut alors se tourner vers des activités caritatives ou utiles socialement, bref vers le monde.

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