Thierry Loussouarn

dimanche 7 février 2016

13. UN ACTE MANQUÉ

L'acte manqué est un acte par lequel un sujet substitue malgré lui à une intention explicitement visée une action ou une conduite totalement imprévue. Ce terme ne désigne pas l'ensemble des ratés de la parole, de la mémoire ou de l'action, mais les conduites que le sujet réussit habituellement, et dont il tente d'attribuer l'échec à une inattention ou au hasard.

 

Les actes manqués sont, comme les symptômes, des formations de compromis, entre l'intention consciente du sujet et le refoulé. Freud souligne que de tels actes interviennent toujours dans un échange entre deux personnes: Les actes manqués se présentent sous la forme de lapsus, fausse lecture ou fausse audition, oubli, fait d'égarer un objet, pertes, erreurs, etc.

 

Freud les intègre radicalement au fonctionnement psychique: il nous apprend qu'ils ont un sens, et que ce sont des «actes psychiques»! Il nous indique aussi que l'acte prétendument manqué est en fait, sur un autre plan, un acte «réussi», car le désir inconscient s'y révèle d'une façon souvent très manifeste. Il signifie précisément à celui qui en est l'auteur ce dont il ne veut rien savoir.

 

Exemple de lapsus: A la fin d’une séance, je fais remarquer à un patient que sa séance à porté sur des souvenirs anodins, et même agréables loin des vécus de la précédente séance. Je lui explique la nécessité de tout exprimer ce qui lui passe par la tête. Il me répond alors: “J’aimerais qu’il y ait un bip rouge qui m’avertisse quand je laisse aller mon inconscient.” Je lui fais alors remarquer qu’il voudrait en fait que son inconscient le prévienne quand un matériau intéressant surgit. Il mettra un certain temps à comprendre son lapsus et finira par dire que ce qu’il voulait vraiment dire, c’est: “J’aimerai qu’il y ait un bip rouge qui m’avertisse quand je contrôle.”

 

L'acte manqué est donc l'expression d'un désir inconscient du sujet qui se réalise malgré lui, ce qui suppose, nous dit Freud, l'intervention nécessaire et préalable du refoulement. L'acte manqué trouve alors son origine dans la rencontre de deux intentions différentes:
- le désir inconscient refoulé
- l'intention consciente.

 

Ainsi, perdre un objet peut signifier qu'on n'y tient plus ou bien qu'on ne tient plus à celui qui l'a donné, ce qui implique l'idée soit d'une perte volontaire, soit d'un sacrifice volontaire.

 

De même, l'oubli d'un mot n'est pas nécessairement provoqué par le rappel d'une situation déplaisante, mais peut être dû au fait que ce mot est en étroite relation avec d'autres associations d'idées.

 

La méthode des associations libres utilisée dans la cure sophro-analytique permet d'examiner ces «accidents» et de conclure au bien-fondé de l'assimilation faite de l'acte manqué à un véritable symptôme.

 

Ainsi, la théorie psychanalytique des actes manqués permet d'accéder à l'étude et à la compréhension du fonctionnement de l'inconscient.

 

Ici comme dans tout le domaine de la psychothérapie, il importe de faire très attention à la psychologie de ‘bazar’ qui nous fait allégrement interpréter tel acte comme étant un acte manqué en donnant en plus une signification certaine. De même le sophro-analyste fera très attention à ne pas jouer au thérapeute dans ses relations amicales!
Exemple d’un faux acte manqué: Un patient arrive à son RV et me dit tout de suite qu’il a oublié son chéquier. Il me précise un peu plus tard que c’est sa femme qui lui a emprunté son carnet de chèques. Il me dit ensuite qu’il aimerait travailler sur son problème vis à vis de l’argent. Il se sent coupable quand il dépense, ce qui fait qu’il dépense très peu. Surtout quand il dépense pour lui. Il retrouvera en séance deux souvenirs significatifs.

 

- Le 1er où il découvre 1 pièce d’un franc dans un tiroir. Il le prend et va acheter des bonbons pour les partager avec ses copains. Il avouera plus tard qu’il n’a jamais eu d’argent de poche (parents très pauvres). Quand sa mère découvre la disparition de ce franc, elle panique car cette pièce devait servir à payer le car pour son frère. Elle sera obligé d’aller demander à un oncle de l’argent pour payer le car. Mon patient s’est senti coupable et prend conscience combien il a mis sa mère en difficulté. Il y a là un contraste entre le vol (1 pièce d’un franc) et le fait d’avoir mis sa mère en difficulté.
- Il retrouve ensuite un 2ème souvenir où il vole des BD à des voisins (de sa famille). Ces BD seront retrouvées quelques temps plus tard par leurs propriétaires chez lui. Là il prend conscience qu’il a mis son père en difficulté.

 

N’importe quel thérapeute ferait très vite un lien entre le chéquier oublié et le thème de la séance. Mais si l’on considère que c’est sa femme qui a pris son carnet de chèque on pourrait presque voir ici une sorte de synchronicité. Sa femme en prenant le carnet de chèque a suscité des associations qui l’ont amené à vouloir travailler sur son problème vis à vis de l’argent et il a retrouvé ces deux souvenirs dont le 1er qu’il avait totalement oublié. On pourrait alors conclure que s’il ne peut pas dépenser de l’argent pour lui (alors qu’il n’est pas avare) c’est à cause de ces deux événements où en voulant se faire plaisir et s’offrir quelque chose, il a mis sa mère puis son père en difficulté.

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