L'acte manqué est un
acte par lequel un sujet substitue malgré lui à une
intention explicitement visée une action ou une conduite
totalement imprévue. Ce terme ne désigne pas
l'ensemble des ratés de la parole, de la mémoire ou
de l'action, mais les conduites que le sujet réussit
habituellement, et dont il tente d'attribuer l'échec
à une inattention ou au hasard.
Les actes manqués sont,
comme les symptômes, des formations de compromis, entre
l'intention consciente du sujet et le refoulé. Freud
souligne que de tels actes interviennent toujours dans un
échange entre deux personnes: Les actes manqués se
présentent sous la forme de lapsus, fausse lecture ou fausse
audition, oubli, fait d'égarer un objet, pertes, erreurs,
etc.
Freud les intègre
radicalement au fonctionnement psychique: il nous apprend qu'ils
ont un sens, et que ce sont des «actes psychiques»! Il
nous indique aussi que l'acte prétendument manqué est
en fait, sur un autre plan, un acte «réussi»,
car le désir inconscient s'y révèle d'une
façon souvent très manifeste. Il signifie
précisément à celui qui en est l'auteur ce
dont il ne veut rien savoir.
Exemple de
lapsus: A la fin d’une séance, je fais
remarquer à un patient que sa séance à
porté sur des souvenirs anodins, et même
agréables loin des vécus de la
précédente séance. Je lui explique la
nécessité de tout exprimer ce qui lui passe par la
tête. Il me répond alors:
“J’aimerais qu’il y ait un bip rouge qui
m’avertisse quand je laisse aller mon
inconscient.” Je lui fais alors remarquer
qu’il voudrait en fait que son inconscient le
prévienne quand un matériau intéressant
surgit. Il mettra un certain temps à comprendre son lapsus
et finira par dire que ce qu’il voulait vraiment dire,
c’est: “J’aimerai qu’il y ait un
bip rouge qui m’avertisse quand je
contrôle.”
L'acte manqué est donc
l'expression d'un désir inconscient du sujet qui se
réalise malgré lui, ce qui suppose, nous dit Freud,
l'intervention nécessaire et préalable du
refoulement. L'acte manqué trouve alors son origine dans la
rencontre de deux intentions différentes:
- le désir inconscient
refoulé
- l'intention
consciente.
Ainsi, perdre un objet peut
signifier qu'on n'y tient plus ou bien qu'on ne tient plus à
celui qui l'a donné, ce qui implique l'idée soit
d'une perte volontaire, soit d'un sacrifice volontaire.
De même, l'oubli d'un
mot n'est pas nécessairement provoqué par le rappel
d'une situation déplaisante, mais peut être dû
au fait que ce mot est en étroite relation avec d'autres
associations d'idées.
La méthode des
associations libres utilisée dans la cure sophro-analytique
permet d'examiner ces «accidents» et de conclure au
bien-fondé de l'assimilation faite de l'acte manqué
à un véritable symptôme.
Ainsi, la théorie
psychanalytique des actes manqués permet d'accéder
à l'étude et à la compréhension du
fonctionnement de l'inconscient.
Ici comme dans tout le domaine
de la psychothérapie, il importe de faire très
attention à la psychologie de ‘bazar’ qui nous
fait allégrement interpréter tel acte comme
étant un acte manqué en donnant en plus une
signification certaine. De même le sophro-analyste fera
très attention à ne pas jouer au thérapeute
dans ses relations amicales!
Exemple
d’un faux acte manqué: Un patient arrive
à son RV et me dit tout de suite qu’il a oublié
son chéquier. Il me précise un peu plus tard que
c’est sa femme qui lui a emprunté son carnet de
chèques. Il me dit ensuite qu’il aimerait travailler
sur son problème vis à vis de l’argent. Il se
sent coupable quand il dépense, ce qui fait qu’il
dépense très peu. Surtout quand il dépense
pour lui. Il retrouvera en séance deux souvenirs
significatifs.
- Le 1er où il
découvre 1 pièce d’un franc dans un tiroir. Il
le prend et va acheter des bonbons pour les partager avec ses
copains. Il avouera plus tard qu’il n’a jamais eu
d’argent de poche (parents très pauvres). Quand sa
mère découvre la disparition de ce franc, elle
panique car cette pièce devait servir à payer le car
pour son frère. Elle sera obligé d’aller
demander à un oncle de l’argent pour payer le car. Mon
patient s’est senti coupable et prend conscience combien il a
mis sa mère en difficulté. Il y a là un
contraste entre le vol (1 pièce d’un franc) et le fait
d’avoir mis sa mère en difficulté.
- Il retrouve ensuite un
2ème souvenir où il vole des BD à des voisins
(de sa famille). Ces BD seront retrouvées quelques temps
plus tard par leurs propriétaires chez lui. Là il
prend conscience qu’il a mis son père en
difficulté.
N’importe quel
thérapeute ferait très vite un lien entre le
chéquier oublié et le thème de la
séance. Mais si l’on considère que c’est
sa femme qui a pris son carnet de chèque on pourrait presque
voir ici une sorte de synchronicité. Sa femme en prenant le
carnet de chèque a suscité des associations qui
l’ont amené à vouloir travailler sur son
problème vis à vis de l’argent et il a
retrouvé ces deux souvenirs dont le 1er qu’il avait
totalement oublié. On pourrait alors conclure que s’il
ne peut pas dépenser de l’argent pour lui (alors
qu’il n’est pas avare) c’est à cause de
ces deux événements où en voulant se faire
plaisir et s’offrir quelque chose, il a mis sa mère
puis son père en difficulté.
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