Thierry Loussouarn

dimanche 7 février 2016

11. Le MOI

Dans les recherches de la psychologie expérimentale contemporaine, le moi désigne:

- tantôt l'individualité biologique (potentiel héréditaire, instincts, schéma corporel, tempérament nerveux, etc.),

- tantôt la personnalité psychique (conscience de soi, inconscient, comportements acquis, caractère, retentissement affectif des événements marquants de la vie du sujet).


La sociologie et la dynamique de groupe insistent sur le fait qu'il est impossible de définir le moi et sa formation sans le mettre en relation avec le personnage qu'il incarne (fonctions sociales ou professionnelles, rôles assumés ou joués, modèles empruntés au milieu culturel). Ces divers sens constituent la notion d'individu, qui s'oppose à celle de personne, dont le sens est de plus en plus moral (problème de la dignité de la personne humaine).

La psychothérapie, la psychanalyse et donc la sophro-analyse ont comme objectif essentiel,

- le renforcement du moi

- le renforcement de ses structures


De nombreuses questions subsistent.

Le moi existe t-il vraiment? A t-il vraiment une consistance?

N’est-ce pas plutôt l’inconscient qui en est l’entité la plus constante?

Comment le moi s'est-il formé et différencié?

Comment maintient-il la conscience de sa permanence à travers les changements qui l'affectent et dont il reconnaît la réalité?

Comment réalise-t-il la synthèse de tant d'éléments psychiques divers?

Quels sont les traumatismes qui peuvent mettre en danger cette permanence et cette unité?

Le moi est-il une illusion comme le disent les enseignements orientaux?


Le moi en psychanalyse

En psychanalyse, souvent, le mot ‘moi’ désigne la personnalité psychique prise dans son ensemble.

Mais dans un second sens, et pour mieux décrire les forces en présence dans ces conflits, le moi désigne une instance particulière de la personnalité globale.

Le moi peut alors être aussi défini comme une sorte d'arbitre entre le ça et le surmoi.

Le moi repousse dans l’inconscient certains contenus et certaines impressions nouvelles. Ces ‘impressions nouvelles’ rejetées dans le ça, c’est le refoulé. Lacan appelait le refoulé: le chapitre oublié de l’histoire.

Grosso modo, nous avons donc ce qui est inné (certains contenus du ça) et ce qui est acquis au cours de l’évolution du moi (les ‘impressions nouvelles’).

Le moi dispose du contrôle des mouvements volontaires (relations entre la perception sensorielle et l’action musculaire)

Il assure l’auto-affirmation.

Il reconnaît les excitations extérieures et accumule dans la mémoire les expériences.

Il fuit quand l’excitation est trop forte.

Il s’adapte quand il y a des excitations modérées.

Il acquiert la maîtrise des pulsions et décide si elles doivent être satisfaites ou non.

Il tend vers le plaisir et évite le déplaisir.

Une augmentation de déplaisir provoque un signal d’angoisse due au danger.

Il trouve le moyen le moins dangereux pour obtenir une satisfaction.

Le moi est déterminé par ce qu’il a vécu.


Pour résumer, le moi est la personnalité individuelle en tant qu'elle est consciente d'être une en dépit des changements qui l'affectent, et distincte des autres hommes.


Le moi comme instance

Comme toute la personnalité, le moi se forme par étapes. Peu à peu, l'enfant parvient à se percevoir comme une réalité distincte à la fois d'autrui et du milieu extérieur: c'est le processus d'individualisation. Mais, parallèlement, du fait de la constitution des instances, la personnalité se scinde en éléments opposés. De ce point de vue, le moi est un intermédiaire entre le ça et le surmoi. Du fait de sa situation centrale, il perçoit leurs divergences, et sa fonction est de maintenir, par une suite de compromis difficiles, l'unité de la personnalité prise entre les sollicitations du ça, les exigences de la vie sociale, les interdits du surmoi, et l'aspiration à la sécurité psychique. On notera que, tout comme le surmoi, le moi baigne en partie dans l'inconscient et que les mécanismes de défense qu'il élabore fonctionnent en partie au sein du ça.


Les échecs du moi peuvent se produire dans deux directions.

- Lorsqu'il est débordé par le surmoi et les exigences de la réalité, il néglige la satisfaction de ses pulsions et prend le chemin de la névrose.

- Au contraire, quand les pulsions du ça le dominent, au point de lui faire perdre tout sens du réel, il évoluera dans le sens de la psychose.

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