Je reçois un couple.
C’est le mari qui a appelé. Il vient accompagné
de sa femme.
Il a 6 ans de plus qu’elle.
Quand il l’a connue, elle était étudiante. Il
doit alors partir sur la région parisienne pour son travail.
Elle décide de le suivre. Tout va bien pendant quelques
années. Néanmoins, en 96 il a un problème de
santé: tumeur au cerveau, opération et crise
d’épilepsie. Celles-ci sont violentes mais
rares (3 en tout en 7 ans).
Ils viennent me voir pour
un problème au
sujet de l’allaitement. Ils viennent d’avoir
un deuxième enfant il y a 13 jours. La femme n’avait
pas envie d’allaiter. Le mari lui voulait cet allaitement et
n’a pas semble t-il entendu le désir de sa femme qui,
elle ne voulait pas allaiter. Néanmoins, elle essaie et
ça ne marche pas. La mère de la femme est
contre l’allaitement. Elle l’encourage
même à donner des biberons. Et le mari est
mécontent que sa belle-mère soit contre; il ne
supporte pas ce conseil. Pour lui, c’est à
cause d’elle que sa femme n’allaite
pas.
Par contre, la mère du mari, elle, est pour
l’allaitement
. Elle a eu 7 enfants
et les a allaités tous sauf le dernier, mon
client.
Après un quart d’heure
d’entretien, le
mari parle essentiellement de sa belle-mère.
Belle-mère qui recommande les biberons, qui fait la
vaisselle (alors qu’il lui a dit de ne pas la faire) ou qui
la fait sans son autorisation. Il n’aime pas voir sa
belle-mère faire la vaisselle chez lui.
Il ne supporte pas non plus de voir
que sa femme ne réagit pas aux comportements de sa
mère. Elle dit ne pas en ressentir le besoin et ne pas avoir
envie de se fâcher avec elle pour des problèmes aussi
peu importants.
Je pose au mari des questions sur
son enfance. Sa
mère c’était l’autorité à
la maison. C’est elle qui punissait: elle tirait les
cheveux ou le fouettait avec des orties. Spontanément il
évalue à 10 fois le nombre de fois où il a
été fouetté dans son
enfance.
Je lui demande ce qu’il
ressentait alors vis à vis d’elle. Il semble avoir du
mal à exprimer un ressenti puis finalement il parle de
haine. 20
minutes plus tard, il dira pourtant ne pas se souvenir de
sentiments envers sa mère. Sa femme et moi-même lui
faisons remarquer qu’il a précédemment
parlé de haine. Il a déjà oublié. Force
du refoulement!
Je lui parle du
phénomène de transfert, lui parle de ce qu’il a
pu ressentir vis à vis de sa mère, enfant, et
qu’il n’a pu exprimer. Il précise
qu’il ne disait
jamais rien face à elle.
Quelques instants plus tard, il
s’adresse à sa femme et lui dit: “J’en veux à ta
belle-mère...” Sa femme rectifie tout de
suite: “A ta mère.” Et moi, je rajoute:
“C’est un lapsus. Si vous en voulez à la
belle-mère de votre femme, c’est bien à votre
propre mère que vous en
voulez.”
Ce que le mari vit et ressent vis à vis de sa
belle-mère vient de son histoire avec sa propre mère,
sans doute de son autoritarisme. Il n’aime pas qu’on
lui impose quelque chose: la vaisselle que fait sa
belle-mère, c’est quelque chose qu’on lui
impose. Il n’aime pas voir que sa femme ne réagit pas
aux comportements de sa mère. Certainement que
lui-même n’a pas aimé que sa mère lui
impose des choses (sa mère lui interdisait de partir dans
les champs ou de partir trop longtemps; et j’apprendrais plus
tard, en séance, qu’elle décidait quand il
pouvait s’habiller ou plus précisément quand il
pouvait aller chercher ses vêtements: en fait c’est sa
mère qui allait lui chercher).
Et lui-même n’a pas su réagir. C’est
d'ailleurs bien ce qui le gène quand il voit sa femme sans
réaction vis à vis de sa
mère.
Cette vignette est intéressante car elle montre
bien:
- le poids de notre histoire sur nos vécus
d'adultes
- la force du refoulement qui s'exprime néanmoins dans la
vie de ce couple et notamment du
mari
- une attitude narcissique de la mère du mari (c'est elle
qui décidait quand il devait s'habiller et
avec quels
vêtements)
- un lapsus intéressant (totalement inconscient) qui montre
bien ce que le mari ressent vis à vis de sa propre
mère

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